Je veux pas aller chez Papa !

Dans mon expérience d’enseignante en collège, j’ai remarqué que les élèves les plus difficiles, hermétiques à tout discours, ont souvent des gros problèmes familiaux, et notamment l’un des plus fréquents, sont confrontés à une absence paternelle suite à une séparation. Ces enfants se sentent rejetés par l’un de leurs deux parents, et c’est très difficile à vivre pour eux.

Aussi, dans le vécu quotidien d’une maman solo, il semble important de prêter une grande attention à a place du père de l’enfant.

Moi-même sensible à cette problématique du fait de mon statut de maman solo, j’ai souvent entendu la phrase, chez moi ou chez des amies : “Je veux pas aller chez papa”. Il serait facile de faire preuve de mauvaise foi, de rentrer au galop dans cette affirmation et d’en déduire que l’enfant est mal chez son père.

Or je sais que dans la plupart des cas, ce n’est pas vrai du tout. Alors que l’enfant peut dire cette phrase parfois le vendredi soir, il est le plus souvent enchanté le dimanche soir à son retour. J’ai entendu ainsi des enfants raconter avec plaisir les activités faites pendant le week-end, expliquant que leur papa est le plus fort du monde. Ces mêmes enfants parlent facilement de leur père à l’école, ou à leurs petits copains copines.

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Alors pourquoi cette phrase est-elle quasi systématique le vendredi soir, et comment faire pour aider l’enfant ?

Quelques pistes pour comprendre

Il me semble tout d’abord que aller chez son papa cela représente un changement de lieu. Aimez-vous partir en week-end le vendredi soir ? Je le fais souvent, et je sais que le plus dur c’est vraiment de quitter la maison. Une fois arrivée à destination, je suis très contente d’y être et toute lassitude a disparu. Je pense que c’est pareil pour les enfants. Se projeter dans le départ et donc dans le changement de lieu, cela peut être angoissant. En plus le vendredi soir, c’est la fin de la semaine, l’enfant est donc fatigué, et a encore moins envie de bouger.

Ensuite, il a parfois du mal à penser à ce qu’ilva trouver là-bas, et ne pense que à ce qu’il quitte ici. Il est en train de jouer avec son château en bois, et donc le départ veut dire qu’il doit arrêter de jouer avec ce château. Par contre il n’a pas l’idée de penser au super château de playmobils qui l’attend chez son papa et dont il parle à longueur de temps.

De même, comme il est avec sa maman, l’enfant pense au fait qu’il va se séparer d’elle, et non pas au fait qu’il va retrouver son papa.

Mes pistes pour aider à passer ce cap

Lorsque cette phrase arrive le vendredi soir, faire de l’écoute active permettra de mieux comprendre ce que ressent l’enfant. Et par exemple, on peut comprendre que le problème vient de ce que l’enfant aurait eu envie de jouer avec la petite voisine pendant le week-end et que donc il n’a pas envie de partir. On peut alors aller ensemble voir la voisine en question, afin de programmer une après-midi jeu la semaine suivante. Ainsi le souci de l’enfant est résolu, son sentiment de manque apaisé, et il part sereinement.

Ensuite, on peut discuter avec l’enfant de toutes les super choses qu’il aime faire chez son papa. On parle des jouets qu’il y a là-bas, des activités que son papa l’emmène faire, des gros câlins qu’ils pourront avoir tous les deux. Souvent, parler comme cela est vraiment génial pour l’enfant, cela lui enlève toute appréhension et il est de nouveau toute contente à l’idée de partir avec lui.

Il est important aussi de parler également de la place du papa dans la construction. On lui explique qu’il a un papa et une maman, que tous les deux l’aiment très fort, et que c’est important pour lui de passer du temps avec les deux. On essaie de lui faire comprendre que ses deux parents sont impliqués dans son développement et son bonheur.

J’avais par exemple écrit une petite poésie sur ce que c’est qu’un papa (à compléter avec les idées de l’enfant) :

Mon papa, il est grand et fort, et il me fait des câlins très forts

Mon papa, il me fait découvrir la mer.

Mon papa, il me montre comment escalader très haut.

Mon papa, il m’apprend à faire du patin à roulettes.

Mon papa, il me construit une balançoire dans le jardin.

Mon papa, il m’aime très fort.

Enfin, j’ai toujours eu à coeur de lui montrer que pendant son absence, j’allais penser à elle très fort, mais que je serai aussi bien occupée et qu’elle n’avait pas de souci à se faire pour moi. En effet, je refuse totalement que ma fille se sente responsable de mon bonheur, qu’elle pense que sans elle je ne peux pas être heureuse. C’est un poids qui n’a rien à faire sur les épaules d’une petite fille. Alors je lui dis en quelques mots que je vais aller faire du yoga chez un ami, dessiner tranquillement ou alors partir en randonnée, que ça va me faire beaucoup de bien de m’amuser de mon côté, et que je serai très heureuse de la retrouver à son retour. Il me semble qu’ainsi elle a le coeur plus léger et peut partir sereinement.

Et vous, comment se passe cette transition ?

[NB : Cet article parle d’une situation de séparation “normale”, en l’absence de violences et de problèmes graves. Bien entendu, si vos enfants vivent ces choses terribles, il est indispensable d’agir autrement et de les en protéger.]

D’autres articles sur l’éducation :

Le jeu pour dénouer des situations du quotidien
L’éducation consciente
L’imaginaire pour résoudre les petits tracas

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2 Comments

  • Reply sunlight 11 mai 2015 at 19 h 58 min

    Bonjour,

    Je suis vraiment touchée par l’accompagnement que vous menez dans ce contexte. C’est un beau cadeau pour votre fille. cela me rassure de savoir qu’on peut bien gérer et accompagner un enfant en cas de séparation.

    Merci pour ce beau et vivant témoignage.

    • Reply Adeline 11 mai 2015 at 20 h 05 min

      Merci de votre message, qui me touche beaucoup. Je reste persuadée que ma fille n’a pas choisi la séparation, et que cela peut être difficile pour elle, donc c’est important d’essayer de l’accompagner dans ces potentielles difficultés.

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