Être une marâtre bienveillante : un vrai défi !

L’éducation bienveillante, c’est difficile, un long chemin d’apprentissage, de prise de conscience. Malgré tout, notre amour inconditionnel pour nos enfants nous aide à avancer sur cette route. Mais quand il s’agit des enfants du nouveau conjoint, ouille, les choses ne sont pas si faciles. Ce que notre amour nous faisait supporter facilement venant de notre propre bambin, voici que cela devient horripilant chez ces enfants-là.

Et pourtant, avant de les rencontrer, j’avais pensé que je les aimerais inconditionnellement, autant que leur père. Cela me semblait une évidence. Mais finalement ce ne fut pas ce coup de foudre attendu. Ce fut pour moi une bonne leçon qui m’a rappelé les textes de Khalil Gibran, “vos enfants ne vous appartiennent pas” : les enfants ne sont pas les copies des parents, ce sont des personnes à part entière, qu’il faut apprendre à connaître afin d’apprendre à les apprécier puis à les aimer pour ce qu’ils sont eux-mêmes, et pas juste en tant que progéniture de l’homme aimé.

Alors après quelques semaines de cohabitation, j’ai voulu faire un premier bilan des difficultés rencontrées, et des idées que j’ai trouvées pour progresser. Je rappelle que tout ceci se fonde avant tout sur mon expérience personnelle et celle de mes amis qui vivent la même situation. Ce qui se vit ailleurs peut être tout à fait différent !

comment bien vivre sa relation avec ses beaux-enfants être belle-mère

Marâtre vient du bas latin “matrastra” qui signifie “seconde femme du père”.

Pourquoi c’est dur pour moi ?

J’aime les enfants, alors pourquoi avec ceux de mon conjoint c’est si difficile ?

Ils vont cohabiter avec ma fille. J’ai été très attentive à certains points de l’éducation de ma fille, son alimentation, la place des écrans dans notre vie, le respect que je lui porte et que je lui demande en retour… La cohabitation avec des enfants qui n’ont pas les mêmes habitudes me fait craindre pour ce que j’ai réussi à construire.

Ils vont cohabiter avec moi aussi ! Et certaines de leurs habitudes ne correspondent pas aux miennes. J’ai moi aussi certaines “phobies” (par exemple je déteste voir quelqu’un en pyjama à la table du petit déjeuner, ça me coupe l’appétit. Un peu stupide, j’en suis bien consciente…). J’ai par conséquent élevé ma fille parfois en fonction de mes modes de fonctionnement à moi (pour revenir à mon exemple, dans notre routine familiale, on s’habille avant d’aller au petit-déjeuner). Ces enfants-là ne connaissent pas mes habitudes et donc ne s’y plient pas (et je n’ai pas envie de leur demander de s’y plier dans la mesure où elles n’ont rien de rationnel ni d’insurmontable). Je dois donc apprendre à être souple, ce qui va bien en général, et moins quand je suis fatiguée par exemple.

Ce sont deux petits exemples qui semblent peut-être ridicules vus de l’extérieur, mais au quotidien, toutes ces petites choses mises bout à bout font que parfois c’est difficile.

Cependant, je souhaite vraiment apprendre à les connaître, à les comprendre, et je l’espère du fond du coeur, à les aimer. Le propriétaire de la maison que je loue m’a dit un jour en parlant de sa famille recomposée à lui :

Au début ça été très difficile, il y a eu beaucoup de frictions. Et puis maintenant c’est comme si c’était l’un des miens, il n’y a plus de différence.

Quelques pistes pour guider la réflexion et comprendre ce qui se joue

  • Ces enfants n’ont pas voulu la séparation de leurs parents, ni l’arrivée de ce nouveau conjoint pour leur parent. La situation est difficile pour eux. Selon certains psy, les enfants de divorcés souhaitent inconsciemment remettre leurs parents ensemble. Le nouveau conjoint peut donc être vécu comme le symbole de l’impossibilité de cette réconciliation. Il nous faut ainsi comprendre le rejet qu’ils peuvent manifester.
  • La relation entre les parents des enfants est primordiale. Même s’ils se sont séparés et ne forment plus un couple amoureux, ils resteront à tout jamais un couple parental, et il faut favoriser cette relation-là. Il est donc inutile d’être jaloux de leurs discussions au sujet de leurs enfants, des décisions à prendre, des problèmes rencontrés. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais une vingtaine d’années, encore maintenant ils continuent d’aller au restaurant ou au café ensemble afin de parler de nous, leurs quatre enfants, des études de mes jeunes frères et soeurs… Et chaque fois que je sais que cette rencontre a lieu, je me sens réconfortée de savoir que mes deux parents nous aiment et se soucient de nous leurs enfants, même si tous les deux ont refait leurs vies et sont heureux avec leurs nouveaux conjoints respectifs.
    Il est donc souhaitable à mon sens de favoriser la relation entre les parents des enfants, d’aider son conjoint à se calmer et à relativiser en cas de conflit, de favoriser le dialogue. J’ai une copine qui mange une pizza avec son ex chaque fois qu’il vient chercher sa fille à la maison. La transition est donc calme et tranquille entre les deux parents. Un autre ami n’hésite pas à passer Noël avec ses deux enfants, son ex, et le nouveau conjoint de celle-ci, et personne ne fait montre d’aucune jalousie ou aigreur quelconque. Alors n’oublions pas que maintenant c’est avec nous qu’il vit, c’est nous qu’il aime, et rangeons une jalousie malvenue.
  • Accepter que les enfants parlent de leur autre parent. Certains enfants de divorcés sentent le conflit entre les parents et savent qu’il est préférable de ne pas parler de l’autre parent car ils risquent de faire de la peine à quelqu’un. Mais du coup ce silence obligatoire entraîne un clivage en eux. Ils sont obligés de taire une partie de leur vie, de leur expérience. Cela entraîne une fatigue intellectuelle (faire toujours attention à ce que l’on dit) et une souffrance d’être nié dans une partie de sa vie.
  • Ne pas entrer dans la comparaison, même si eux le font. “Maman cuisine mieux la bolo que toi !”. Oui certainement (ou non c’est juste pour nous énerver), mais ce n’est pas très grave. Une simple réponse “Ah et bien tu as de la chance.” et la discussion s’arrête là.
  • Le changement de maison peut générer une forte angoisse chez les enfants (chez les enfants anxieux, cela arrive même quand ils vont chez leur grand-mère ou leurs cousins), ou une sorte de colère (“j’étais bien tranquille avec mes jouets, mon projet de cabane, mes copains du quartier et voilà que je suis obligé d’aller chez l’autre parent et de tout laisser, de me couler dans une sorte de deuxième vie, j’ai pas envie !”). On peut les aider à surmonter ça avec des routines, des repères, et comprendre qu’il n’y a pas là d’agression envers le nouveau couple que nous formons mais simplement une difficulté à vivre la transition.

Mais comme tout ceci est parfois plus facile à dire qu’à faire… Voici mon petit kit de survie :

  • Prendre de l’air ! Ne pas hésiter à aller faire des activités de son côté, à laisser les enfants avec leur père, à aller manger ailleurs, restau, pique-nique, voisine, copines… On se retrouve un peu plus tard détendus, sereins, on a rechargé les batteries.
  • Pour les problèmes de valeurs, et de différences d’éducation entre enfants : je parle avec ma fille, qui est tout à fait capable de comprendre du haut de ses 5 ans. “Les enfants de … mangent des biscuits au petit déjeuner, c’est comme ça qu’ils ont été habitués. Nous nous avons l’habitude de manger des céréales sans sucre ou des fruits et je ne veux pas que tu manges de gâteaux car d’après moi c’est mauvais pour la santé”. Ma fille a semblé accepter cette différence. On verra à long terme 🙂

Voilà pour ce premier bilan, j’en reparlerai certainement plus tard, avec davantage de recul sans doute.

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6 Comments

  • Reply Loreleï 23 août 2015 at 21 h 53 min

    je serai curieuse de lire tes impressions un peu plus tard.
    je suis aussi belle mère de deux ados, et moi aussi j’ai souvent beaucoup de mal à cohabiter. Leurs habitudes de vie ne sont pas les miennes, leurs façons de voir les choses non plus. Et par rapport aux enfants que j’ai eu ensuite avec mon mari c’est compliqué à gérer. A cela s’ajoute l’adolescence et la bêtise que ça engendre lol
    Bref bon courage 😉 bizz

    • Reply Adeline 24 août 2015 at 10 h 28 min

      Merci pour ton message. On va rentrer dans l’adolescence nous aussi, le plus grand a 11 ans et rentre au collège. Je te dirai ce que ça donne. 🙂 (J’ai entendu parler d’un bouquin, l’ado et le bonobo je crois, j’ai bien envie de le lire pour me préparer à ça, le titre a l’air rigolo…)

  • Reply Karynou 24 septembre 2015 at 11 h 04 min

    Bonjour, je voulais te remercier pour ton billet…
    Je suis dans cette situation depuis février avec un homme qui a 3 enfants.
    C’est tellement pas simple de trouver sa place…
    Je me sens parfois bien seule et la je me sens un peu moins seule… ca fait du bien…
    Du bien de lire aussi des ressentis que j’aurai pu écrire.
    Il est vrai que j’avais testé le prendre l’air => coiffeur + voir un ami qui est comme un frere … je suis revenue j’étais tellement plus cool…

    • Reply Adeline 24 septembre 2015 at 23 h 06 min

      Merci pour ton message. C’est vrai qu’on se sent parfois très seule avec ces sentiments parfois un peu désagréables, c’est très culpabilisant. Ce qui aide c’est d’en parler avec des personnes vivant la même chose, car les autres bien souvent ne comprennent pas et émettent des jugements qui aident encore moins à avancer. Courage à toi, et laisse faire le temps, je suis sûre qu’il nous sera d’une grande aide dans la mise en place de l’harmonie familiale.

  • Reply Le poulailler recomposé – Les découvertes de petite lutine 12 mai 2016 at 16 h 17 min

    […] déjà parlé il y a un peu plus de six mois des difficultés à être une belle-mère bienveillante. Une lectrice m’avait demandé de revenir faire un point au bout de quelques mois, j’ai […]

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