Bienveillance ou laxisme ?

L’un des arguments de ceux que la bienveillance effraie est le risque de tomber dans le laxisme. C’est également un des reproches que l’on reçoit lorsque tout jeune parent plein de bonne volonté, on se retrouve confronté au jugement d’un entourage parfois sceptique. Or il me semble que la bienveillance est justement à l’opposé du laxisme, et propose des limites de façon très ferme.

Pourquoi ça se ressemble ?

Le parent bienveillant n’impose pas à son enfant des règles et limites dont il sait qu’elles ne sont pas adaptées à son âge et à ses capacités de compréhension ou de maîtrise. Son enfant peut donc être considéré comme un enfant sans limites parce que à trois ans il ne maîtrise pas encore les codes de savoir-vivre de la haute société à table. Certains adultes le jugement comme un sauvageon aux parents laxistes.

Le parent bienveillant accepte la manifestation des émotions de son enfant, même si c’est une grosse colère (surtout même pourrais-je dire, car cela montre que l’émotion est intense !). Il ne sort une armada de menaces et violences en tout genre pour faire taire les cris et pleurs de son enfant, il l’accompagne dans son désarroi et reste présent à ses côtés. On pourrait alors juger que l’adulte passe des “caprices” à l’enfant

Pourquoi c’est en fait vraiment différent ?

Le laxisme, c’est demander à l’enfant de respecter des règles, et finalement ne pas avoir de réaction lorsque ces règles ne sont pas respectées. Bizarrement, le laxisme va souvent de pair avec les violences éducatives. En effet, le parent ne réagit pas au dépassement des règles, laisse faire,  fait semblant de ne pas voir… jusqu’à ce qu’il ne supporte plus le comportement de l’enfant et finisse pas soit lui hurler dessus “une bonne fois pour toute”, soit encore avoir recours à la violence physique. Puis culpabilisé par ce débordement de violence, il laisse à nouveau l’enfant sans limites, jusqu’au débordement suivant.

La bienveillance au contraire cherche à poser des limites réfléchies en toute conscience, adaptées à la situation, à l’enfant, au parent etc… Il y a donc en général moins de limites, et elles sont adaptées à la capacité de l’enfant à les suivre (inutile de demander à un petit de trois ans de manger avec toutes les règles de politesse, même si on est très à cheval sur l’étiquette, il n’y arrivera pas, ou alors ce sera du dressage et pas des règles suivies en toute conscience).limites bienveillance éducation consciente

Par ailleurs, le parent en recherche de bienveillance est attentif à son enfant et cherche à le guider dans le respect de ces limites qu’il lui demande de respecter. Il accompagne l’expression des émotions de l’enfant lorsque celui-ci se sent frustré par ces limites. Ce faisant, il va l’aider à intérioriser ces limites peu à peu. Ainsi l’enfant respectera la règle par la conscience qu’il en aura, la compréhension d’un fonctionnement, plutôt que par la peur de la sanction. On favorise donc la conscience plutôt que la soumission.

C’est alors une présence réelle que le parent offre à l’enfant, une oreille attentive à ses tracas, à ses émotions, un regard bienveillant sur les petites disputes du quotidien. Le parent accompagne son enfant dans le respect des limites. Il ne le laisse pas faire n’importe quoi, il lui montre avec douceur en quoi le comportement ne convient pas. Il n’est pas démissionnaire, il est accompagnateur.bienveillance et limites

D’autres articles sur la question :

L’éducation consciente : prendre conscience de ce que je suis

L’objet ici n’était pas de savoir comment poser des limites avec bienveillance, mais plutôt de bien différencier bienveillance et laxisme, je renvoie ceux que ça intéresse à un article du blog apprendre à éduquer : Poser des limites avec bienveillance.

 

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4 Comments

  • Reply tiphanya 11 décembre 2016 at 9 h 39 min

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Mais c’est vrai qu’au regard des autres, ne connaissant pas la bienveillance, les termes laxisme et enfant roi arrivent quand même très vite.
    On a même fini par me dire “une règle ce n’est pas fait pour être compris, mais obéis, même moi (adulte de 50 ans) je suis des règles je ne sais pas pourquoi”.
    Mais du coup, ton article me fait dire que la prochaine fois je retournerai la discussion en demandant ce que c’est que le laxisme pour eux.

    • Reply Adeline 2 janvier 2017 at 21 h 24 min

      Oui c’est certainement une bonne stratégie que de mettre nos interlocuteurs face à leurs prises de position. Cette phrase que tu cites de la part d’un adulte me rend très triste. Du coup pas étonnant qu’une telle personne ait des difficultés à accepter la liberté que tu donnes à ton enfant, et la conscience des règles que tu cherches à lui transmettre, puisqu’elle ne se les accorde pas à elle-même… Mais autres temps autres mœurs, l’éducation n’était certainement pas la même, et la conscience de soi non plus par conséquent.
      J’avoue m’abriter très souvent derrière cet adage pour couper à une discussion oiseuse. Les gens comprennent assez bien que les choses évoluent et qu’on ne fait plus pareil maintenant qu’à leur époque.

  • Reply Mia M 18 décembre 2016 at 18 h 20 min

    Je suis en accord avec ton post. Je pense que certains parents sont laxistes, je le vois en tant qu’enseignante: le cadre est mouvant voire inexistant. Bonjour les dégats!

    • Reply Adeline 2 janvier 2017 at 21 h 27 min

      Oui c’est sûr. Et surtout, je remarque que les enfants élevés dans la crainte des cris et des coups ne respectent pas vraiment le cadre pour ce qu’il est, mais cherchent juste à éviter la sanction. Donc le jour où ils n’en ont plus peur, et bien il n’y a plus aucune limite. D’où l’importance à mon avis de poser un cadre dans la bienveillance et l’accompagnement…

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