Expériences de la lenteur avec un enfant

Notre société redécouvre la lenteur depuis quelques années. Des livres qui font son éloge aux stages de déconnexion digitale, on essaie de se reconnecter à soi, aux rythmes ancestraux. Les enfants n’ont pas forcément besoin de cette reconnection, eux qui vivent naturellement dans la pleine conscience. Cependant, en grandissant, ils peuvent peu à peu être envahis par la frénésie de la vie moderne, et avoir besoin de retrouver les capacités méditatives et contemplatives qui étaient les leurs plus petits. Voici, au-delà de conseils généraux pour retrouver la lenteur dans l’éducation, quelques idées d’expériences pratiques de la lenteur à mener avec ses enfants.

Attendre qu’une tisane refroidisse : Pendant un après-midi pluvieux ou brumeux, on s’installe dans le canapé, on se sert une tasse de tisane brûlante, et on la remue lentement avec la petite cuillère, en écoutant les légers chocs du métal contre la tasse, jusqu’à ce que le liquide soit à la température correcte pour être bu. Cette attente silencieuse, simplement ponctuée de petits bruits de la cuillère permet de se mettre en harmonie avec l’ambiance feutrée du temps  maussade.

Admirer les volutes de fumée d’un bâton d’encens : allumer un bâton d’encens, regarder la fumée monter, s’enrouler, se dérouler, se disperser…

S’allonger dans l’herbe et écouter, les yeux fermés si possible : qu’entend-on ? Entends-tu toi aussi ce petit oiseau ? Moi j’entends un chien dans le lointain, et moi une moto qui passe, tiens on l’entend à nouveau un peu plus loin sur la route…

Rester immobile et observer un oiseau aller de droite et de gauche. Le rouge-gorge est facile à observer, il se s’effarouche pas facilement et semble toujours très affairé.

Suivre une fourmi dans ses pérégrinations. Se tenir à quatre pattes ou accroupi à côté, et la suivre tout au long de son chemin, observer ses arrêts, son activité. On peut aussi suivre un scarabée, ou un escargot.éducation lente

Faire une longue randonnée. Marcher plusieurs heures, jusqu’à perdre la notion du temps qu’il passe. Il est tout à fait possible de marcher longtemps avec un enfant, en allant à son rythme e en le laissant s’arrêter pour jour quand il le souhaite. La marche est une activité naturelle et ancestrale. Notre corps est fait pour marcher, nous l’oublions trop souvent lorsque nous prenons la voiture même quand parfois on pourrait l’éviter. La marche nous reconnecte avec l’activité contemplative, à la fois de l’immensité du paysage, mais aussi de l’infini petit des fourmis, des feuilles ou d’une flaque d’eau.

David Le Breton écrit dans son essai Marcher, éloge des chemins et de la lenteur :

La marche est une résistance à ces impératifs du monde contemporain qui élaguent le goût de vivre. (…) Seule la lenteur permet d’être à la hauteur des choses dans le rythme du monde. Elle est l’évidence du cheminement, elle implique une progression attentive, voire contemplative, la possibilité de la halte pour profiter d’un lieu où se reposer. Elle est un mouvement de respiration. La lenteur plonge au cœur de l’environnement, elle met à hauteurs les sens les particularités du parcours et elle donne les moyens de se les approprier aussitôt.

Regarder et écouter une rivière couler. S’arrêter pendant une promenade, s’asseoir paisiblement, et admirer la rivière qui coule. Rester longtemps, sans regarder sa montre, en prenant juste le temps d’écouter cette mélodie naturelle.

Faire du pain maison. Pétrir la pâte une bonne vingtaine de minutes (donner un tout petit pâton à l’enfant car c’est fatigant pour ses petits muscles), puis faire lever la pâte plusieurs heures, la regarder régulièrement, où en est-elle, est-ce qu’elle a grandi ? Ne pas hésiter à faire deux levées pour montrer à l’enfant toute la saveur de l’attente. Pendant la cuisson on reste à proximité du four, on regarde la couleur dorer doucement, la croûte devenir un peu brune.éduquer avec lenteur

Laisser à l’enfant un temps de jeu libre vraiment long. Il ne s’agit pas ici des 20 minutes avant le repas du soir où entre les devoirs terminé et le dessin animé il a le droit de jouer un peu tranquillement. Il s’agit de jouer toute une après-midi, de 13h à 19h, non stop. Certains enfants peuvent en être déroutés au début, s’ennuyer, ne plus savoir quoi faire, réclamer des activités. On peut dans ce cas les aider en semant de petites graines d’imaginaire : viens on va construire des véhicules magiques/spatiaux en legos… regarde ton lit pourrait être un bateau… derrière ce buisson vivent les indiens…

Planter une graine et attendre qu’elle pousse. Si on a un jardin, on plante quelques graines de petits pois ou de fèves dès le mois de mars (dès que la terre est à une dizaine de degrés environ), ça pousse facilement. Si on n’a pas de jardin, on peut par exemple planter des graines de salade.jardiner avec enfants

S’allonger dehors et regarder les nuages passer. On les admire, on raconte à quoi nous font penser leurs formes (les cumulus sont les nuages idéaux pour ça), on les suit des yeux d’un bout à l’autre du ciel.

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4 Comments

  • Reply Nathalie 31 janvier 2017 at 11 h 30 min

    Merci 💜😊

    • Reply Adeline 31 janvier 2017 at 14 h 54 min

      Merci à vous pour votre visite et votre petit mot 🙂

  • Reply Christellemars 19 mars 2017 at 11 h 52 min

    J’aime beaucoup cet article.
    Chez moi, c’est plutôt l’enfant qui n’est jamais pressé ( ce qui lui pose quelque problème en classe ) et la mère qui tente d’apprendre la lenteur et de profiter de l’instant présent. Sur ce point, c’est lui mon modèle 🙂

    • Reply Adeline 19 mars 2017 at 16 h 30 min

      Les enfants sont de vrais maîtres en méditation de l’instant présent ! Moi aussi j’apprends de ma puce tous les jours. Et j’aimerais que l’école sache aussi apprendre d’eux. La tolérance doit s’appliquer aux origines, aux religions, mais aussi aux modes de fonctionnement de chacun, j’en suis persuadée. Vaste débat…

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