Indian Creek, Un hiver au cœur des Rocheuses, Pete Fromm

Je me suis lancée dans la rédaction d’un roman sur le thème du deuil périnatal, thème qui malheureusement m’a frappée de plein fouet cette année. Cependant ce travail d’écriture me fait énormément de bien. Je m’étais toujours dit que si un jour j’étais confrontée à un deuil douloureux, une mort trop dure à surmonter, je partirais en voyage. Sauf que… j’ai deux enfants, dont un en bas âge, et que partir en voyage plus que deux ou trois jours est chose difficile. Par conséquent, j’ai décidé de vivre mon voyage par l’imaginaire, et de raconter la randonnée que j’aurais voulu accomplir. Ce travail d’écriture se nourrit en parallèle de nombreuses lectures, qui, en ce moment, ont toutes en commun d’appartenir à ce genre que je vois souvent nommé le nature writing.

Après le roman Dans la forêt, présenté il y a quelques jours, voici le récit autobiographique de Pete Fromm, Indian Creek, Un hiver au cœur des Rocheuses édité aux magnifiques éditions Gallmeister. J’attendais beaucoup de ce récit, suite aux critiques que j’en ai lu sur Babelio. Je sors de ma lecture ayant pris un vrai bain de nature sauvage, de rencontres animales, de vie solitaire. A mon goût, il a manqué une dimension plus réflexive, ce que je trouve dans les ouvrages de Sylvain Tesson par exemple. Cependant le ton est beaucoup plus spontané, l’auteur est plein de sincérité et d’humilité, jamais il ne cherche à prendre une posture particulière, bien au contraire, il n’hésite pas à se moquer de ses prétentions de jeune homme et de celles des gens qu’il croise.nature writing roman amérique

A vingt ans, Pete Fromm est à l’université dans le Montana, dans une voie qu’il a choisie par hasard. Il s’entraîne avec l’équipe de natation, et suit les cours avec bien peu d’intérêt. Lors de sa troisième rentrée, il apprend la dissolution de l’équipe de natation et se trouve complètement désœuvré. Heureusement, quelques semaines après le début des cours, une étudiante lui soumet une offre d’emploi : faire du babysitting pour d’œufs de saumon, tout seul au milieu des montagnes. Poussé par l’enthousiasme irréfléchi de la jeunesse, le voilà qui accepte, sans s’imaginer une seconde ce que cela signifie de passer sept mois à l’écart du monde, dans un environnement sauvage, par des températures pouvant avoisiner le -40°, seul sous une tente…

Il a quinze jours pour préparer son voyage, rassembler son matériel, amasser les provisions qu’il pense lui être nécessaire pour sept mois, faire ses adieux. Il s’y emploie avec ardeur, aidé de son compagnon de chambre étudiante. Le jour du départ arrive, les gardes forestiers viennent le chercher, lui et tout son barda, ainsi que la petite chienne qui lui a été offerte la veille.

La scène de l’installation est mythique, d’ailleurs c’est l’extrait qui a été choisi par l’éditeur pour la quatrième de couverture. Malgré tous ses efforts, le jeune homme ne peut cacher son inexpérience et sa méconnaissance de la vie en pleine nature.

Voici l’extrait en question :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important je me lançai :
– Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Le travail qu’il doit faire consiste à casser la glace à l’endroit où les œufs de saumon passent l’hiver. La mission lui prend en tout et pour tout quinze minutes par jours, et c’est à lui de trouver comment remplir les vingt-trois heures et quarante-cinq minutes qu’il lui reste. Les premiers jours sont difficiles, mais le jeune homme a très vite compris que

il ne fallait pas me laisser aller à l’oisiveté, surtout en cas de déprime.

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                           Photo par Claire Chalcraft sur Unsplash

Avec un courage et une ténacité qui forcent le respect, il commence par couper tout le bois dont il a besoin (et plus encore), puis il se lance dans l’exploration de l’univers qui est désormais le sien. Il randonne, apprend à chasser, se fabrique du matériel de trappeur, il découvre la faune des montagnes, apprend à connaître ses habitudes, il se promène en raquettes, dans le froid et l’obscurité.

Seul durant des jours et des jours, il découvre le plaisir de la lecture, celui de l’écriture également. Il rédige de longues lettres à destination de sa famille, et une fois par mois, voire moins, en reçoit de non moins longues accompagnées de petits présents qui font son bonheur, livres, chocolats…

Le récit se constitue de deux matériaux principaux, sa vie quotidienne, manger, faire du feu, sécher ses vêtements, chasser… et ses observations de la nature : comment le paysage se modifie avec le passage du temps, la vie des animaux qu’il croise, la neige, le temps.

Ce soir-là, je restai à l’intérieur de ma tente, observant ce que je pouvais voir des montagnes au milieu du blizzard. Entre les vagues de nuages, j’aperçus brièvement, aux prises avec la neige, les arbres qu’une blancheur extrême faisait ressortir. J’étudiai ma prairie sur toute sa largeur en me représentant les impressionnants murs de neige des avalanches : jusqu’où pourraient-ils traverser l’espace à découvert ? Je retournai dans ma tente et me tins près du poêle, la buée s’échappant de mes vêtements détrempés, en me disant que les avalanches finiraient sans doute par s’épuiser avant d’atteindre les minces parois de toile.

J’ai particulièrement savouré la fin du récit, lorsque le narrateur décrit la nature sauvage revenant à la vie avec la fonte des neiges, la hausse des températures.

Je continuais à marcher par tous les temps. Les cris du tétras et de la gélinotte résonnaient à travers les bois, si faibles que je ne savais si je les entendais ou si je les sentais simplement vibrer. Je commençais à repérer régulièrement des traces d’ours. Tous les jours je croisais des hardes de cerfs et, souvent un ou deux groupes d’élans.

Une belle lecture, aux accents de nature sauvage et de vie solitaire.

Avez-vous des ouvrages de ce genre du nature writing à me conseiller ?

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