Citations inspirantes #6 : L’acceptation avec Mathieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien

éducation consciente et bienveillanteJe lis en ce moment le livre écrit conjointement par Christophe André, Mathieu Ricard et Alexandre Jollien, Trois amis en quête de sagesse : un moine, un philosophe, un psychiatre nous parlent de l’essentiel.

Un passage traitant de l’acceptation a particulièrement résonné en moi, et j’ai éprouvé le désir de vous en partager quelques citations, ainsi que les réflexions que cela m’inspirait.

l’acceptation d’une situation qui ne peut pas changer, ou qui mettra du temps à changer, laisse la porte ouverte à la possibilité d’ajouter la dimension libératrice de l’amour

Et souvent, l’acceptation fait le ménage : on arrête de se battre contre des choses vis-à-vis desquelles on est impuissant, et tout d’un coup, tout ce qu’on portait de bon peut enfin s’exprimer

L’acceptation procède de l’amour inconditionnel. Il faut une sacrée liberté intérieure pour cesser de vouloir transformer l’autre à sa guise, lui dicter ses conduites, façonner ses opinions.

Mathieu Ricard cite la parole d’un lord anglais :

Prends soin des minutes et les heures prendront soin d’elles-mêmes.

J’adore cette citation qui incite à s’ancrer dans le temps présent, tout simplement.

Toutes ces phrases m’évoquent plusieurs choses.

S’alléger, souffrir moins, accepter tout simplement

Tout d’abord, l’acceptation permet, à mon sens, de moins souffrir. Certaines situations provoquent en elles-mêmes de la douleur, qu’elle soit morale ou physique. Mais si à notre tristesse, à notre blessure physique, nous ajoutons la souffrance engendrée par le refus de ce qui est, la culpabilité, l’incessante pensée qu’il “faudrait” que les choses soient différentes et que nous devons absolument agir pour les changer, alors la douleur devient insupportable.

J’ai deux exemples à développer à ce sujet.

Tout d’abord celui du sommeil des enfants. Mes enfants ont tous deux fait leurs nuits à quasiment deux ans. Cependant, mon attitude a été très différente, et par conséquent, mon ressenti également. Pour mon premier enfant, le fait qu’elle ne fasse pas ses nuits m’inquiétait énormément. J’ai essayé je ne sais combien de techniques pour la faire dormir mieux, plus longtemps, sans interruption. J’ai lu énormément, cherché des solutions, discuté dans tous les sens. Je me suis épuisée à “vouloir” absolument qu’elle dorme, épuisement qui s’est ajouté à celui, naturel, qu’on éprouve lorsqu’on est réveillé toutes les nuits depuis longtemps.

Et puis pour mon deuxième, forte de l’expérience de la première, je me suis simplement dit “Ok, pour l’instant il ne dort pas, mais ce n’est pas grave, un jour, peut-être proche, peut-être lointain, il dormira”. Et par conséquent, au lieu de chercher des solutions pour qu’il dorme absolument, j’ai cherché des solutions pour que ses réveils nocturnes ne soient pas trop difficiles à supporter pour nous.

                                   Photo de Peter Oslanec sur Unsplash

La différence a été fondamentale, pour moi, et pour eux je pense également. Je n’ai pas eu de véritable souffrance au sujet des nuits de mon deuxième enfant, je n’ai jamais culpabilisé, cherché des “solutions” pour qu’il dorme, comparé avec les autres… Je me suis enlevé une sacrée charge mentale !

Mon deuxième exemple est lié à mon cheminement dans le deuil périnatal. La tristesse de perdre un bébé pendant la grossesse est immense. Mais dans les premiers temps, j’y ajoutais, inconsciemment évidemment, la torture mentale de la culpabilité. Je ne cessais de me demander si les choses auraient été différentes si… j’avais mangé autrement, dormi autrement, pris un congé maladie quand j’étais fatiguée, refusé de voir du monde, consulté un médecin toutes les semaines et que sais-je encore… J’ai été extrêmement mal à force de lutter contre la réalité simple et terrible de la mort de mon bébé. Quand enfin la culpabilité a cessé, que je suis passée dans la phase d’acceptation, je me suis apaisée. Je pleure plus simplement, je souffre moins. Je pense même que j’ai retrouvé le bonheur, un bonheur certes triste, mais malgré tout heureux, et lié à une vision positive de la vie et de mon expérience.

Il est des choses que nous n’avons pas le pouvoir de changer, il faut simplement les accepter.

Se laisser la place pour aimer, en toute simplicité

Par ailleurs, l’acceptation permet, d’après les auteurs cités ci-dessus, de laisser le champ ouvert à l’amour. En effet, comme nous souffrons moins et que nous ne sommes pas figés sur notre volonté de modifier les choses, nous sommes davantage disposés à laisser libre cours à notre sentiment d’amour profond.

Attention, accepter, ce n’est pas se résigner, abandonner, laisser faire. C’est accepter que les choses soient telles qu’elles sont.

Je vais reprendre l’exemple du sommeil des enfants. Lorsque je couche mon petit, certains soirs, je suis  un peu stressée car je suis pressée de redescendre en bas (en général parce que quelque chose m’y attend : du travail, un bouquin passionnant, un invité avec qui discuter…). Mais j’ai remarqué que plus je suis tendue vers le résultat d’endormir rapidement mon fils, moins ça fonctionne. Et c’est en général quand je prends conscience de cette volonté tendue à l’extrême, que je la relâche consciemment en acceptant de rester couché à côté de lui le temps qu’il faudra que d’un seul coup, en quelques minutes, il s’endort. Si je profite de l’instant présent, de ce temps de câlin, d’amour partagé, de chaleur affective, l’endormissement se fait paisiblement et (relativement !) rapidement.

Un autre exemple lié aux apprentissages. Lorsqu’on veut aider un enfant à progresser, il est important de l’accepter totalement dans ses difficultés, de ne pas se sentir nul comme parent (ou enseignant) parce qu’il … galère avec ses tables de multiplication, ne sait pas encore lire à X ans, ne retient aucune de ses poésies… ni le juger lui comme “en retard”, “paresseux”, “incompétent”… Les choses sont ainsi, cela n’a aucune espèce d’importance. On prend l’enfant là où il est, comme il est, et on l’accompagne pour progresser tranquillement à son rythme, en lui donnant tout l’amour, le soutien affectif et le temps dont il a besoin. C’est, à mes yeux d’enseignante, de directrice d’école, et de maman, la seule façon de faire progresser un enfant.

J’aime vraiment cette idée que quand on relâche notre inquiétude, notre volonté, notre négation de la situation, notre désespoir parfois, on laisse une place immense pour l’amour.

 

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