Il est 22 h 40, le 14 janvier, et je suis assis dans un bassin d'eau à 39 °C pendant qu'une bourrasque de neige me fouette la nuque. Autour de moi, personne. Pas un touriste, pas un panneau, pas une boutique. Juste une vapeur qui monte dans le noir et le bruit du vent sur la tôle d'un vestiaire en tôle ondulée. C'est la première fois que je comprends ce que veut dire « insolite » en Islande : pas un lieu secret, pas un spot confidentiel qu'on se refile sous le manteau, mais simplement une activité qui n'apparaît dans aucune story Instagram parce que la plupart des gens n'ont pas envie de se cailler pour la faire.
Je vais être franc : l'Islande en hiver, c'est un pays qui décourage une bonne partie de ses visiteurs, et c'est exactement pour ça qu'il vaut le détour. Il faut avoir une opinion tranchée sur la question. La mienne : les « activités insolites » dont vous entendez parler partout ne sont pas insolites du tout. Les grottes de glace, c'est 400 personnes par jour à Vatnajökull en février. Les aurores boréales, c'est un bus de 60 personnes avec un guide qui crie dans un mégaphone. Ce n'est pas mystérieux, c'est un parc d'attractions déguisé en expédition.
Dans cet article, je vous parle de ce que j'ai réellement fait, ce que j'ai raté, et ce que je referais en claquant des doigts. Pas de top 10, pas de « incontournables ». Juste des activités qui demandent un peu plus que de réserver un bus.
Points clés à retenir
- Le critère de l'insolite, pour moi : faible fréquentation, accès non standard, ou horaire décalé. Les lagunes à la mode ne cochent aucune case.
- La pêche sur glace dans un lac gelé coûte moins de 8 000 ISK et se pratique sans guide, à condition de vérifier l'épaisseur auprès des locaux.
- Les piscines municipales (sundlaugar) ouvertes jusqu'à 22 h en hiver sont, à mon avis, la meilleure porte d'entrée dans la vie sociale islandaise — et la moins chère.
- Un 4x4 n'est pas un luxe en décembre : sur la route 1 côté est, j'ai vu trois voitures de tourisme bloquées en une seule journée.
- Le véritable insolite, c'est souvent géographique : s'éloigner de 40 km du cercle d'Or change tout.
D'abord, il faut définir ce qu'est vraiment une activité insolite en Islande en hiver
Le mot « insolite » est galvaudé. Quand je lis des listes qui qualifient de « secret » une grotte visitée par des centaines de personnes par jour, j'ai envie de fermer l'onglet. Alors voici mes trois critères, à moi, appliqués sans pitié.
Trois critères, pas un de plus
- Fréquentation : moins de 30 personnes sur place au moment où vous y êtes. Si vous faites la queue, ce n'est pas insolite.
- Accès : soit il faut conduire soi-même plus de 90 minutes depuis Reykjavík, soit il faut contacter quelqu'un (un agriculteur, un club de pêche, un gardien de piscine), soit il faut un équipement spécifique.
- Horaire : la nuit, avant 7 h, ou pendant un événement local (fête de village, compétition de natation hivernale, etc.).
Sur cette base, une bonne moitié des « activités insolites en Islande en hiver » que vous trouverez en ligne tombe à l'eau. C'est mon avis, et je l'assume.
Ce que je mets volontairement de côté
Les grottes de glace. Pas parce qu'elles sont mauvaises, mais parce que tout le monde en parle, et que la qualité de l'expérience dépend énormément du guide. J'en ai fait deux. La première, magnifique, avec un petit opérateur de Höfn : 8 personnes, 4 heures, on marchait dans la glace en silence. La deuxième, à Jökulsárlón, avec un groupe de 42 personnes et un guide qui n'arrêtait pas de dire « on a cinq minutes pour les photos ». Le même pays, deux mondes.
Pareil pour le Blue Lagoon. L'hiver, l'eau à 38 °C avec la neige qui tombe, c'est objectivement joli. Mais vous êtes dans un bassin avec 500 personnes, un bracelet électronique au poignet, et un prix d'entrée qui peut dépasser 120 €. Ce n'est pas une activité insolite, c'est un spa à thème.
Les activités insolites que j'ai réellement testées
Voici ce qui a fonctionné. Je classe par ordre de ce que j'ai préféré, pas par prix, pas par popularité.
La pêche sur glace dans un lac gelé du côté de Þingvallavatn
Un ami islandais m'a emmené sur un lac gelé à 45 minutes de Reykjavík, début février. Température extérieure : -9 °C. Épaisseur de la glace : environ 25 cm, vérifiée à la tarière. On a foré deux trous, posé les lignes, et attendu.
Résultat après 3 heures : un petit omble chevalier de 22 cm, et l'un des meilleurs moments de mon voyage. Ce n'est pas la pêche qui est intéressante, c'est le silence. Sur un lac gelé en Islande, sans personne autour, on entend littéralement la glace travailler. Des craquements profonds qui remontent sous vos pieds. C'est perturbant la première heure, puis ça devient presque hypnotique.
Budget réel : 6 500 ISK pour la location du matériel auprès d'un club local. Durée : 4 heures. Ce qu'il faut savoir : ne partez jamais seul sur un lac gelé sans avoir vérifié l'épaisseur et sans avoir demandé à un local si la zone est praticable. Les Islandais sont très ouverts là-dessus, mais il faut poser la question.
Les piscines municipales (sundlaugar) après 21 h
C'est peut-être l'activité la plus sous-estimée du pays. Chaque petite ville a sa piscine extérieure chauffée géothermiquement, ouverte jusqu'à 21 h ou 22 h en semaine. Entrée : autour de 1 200 ISK pour un adulte.
Ce qui rend l'expérience insolite, ce n'est pas l'eau. C'est la fréquentation. À 21 h 30 en janvier, dans une piscine de province, vous êtes avec les habitués : des retraités qui viennent tous les soirs, des ados qui sortent de la salle de sport, un ou deux pêcheurs qui rentrent du port. Personne ne parle anglais. Personne ne vous regarde. On vous dit juste « góða kvöldið » et on passe à autre chose.
J'ai fait ça à Ísafjörður un soir de décembre, sous une tempête de neige, avec une eau à 39 °C et un air à -6 °C. Le contraste est brutal et le corps ne sait pas trop comment réagir les premières minutes. Puis on s'habitue, et on reste une heure sans s'en rendre compte.
Manger dans une serre de tomates en pleine nuit polaire
Friðheimar, c'est une exploitation de tomates chauffée géothermiquement, à environ une heure de Reykjavík. Je sais que ce n'est plus tout à fait confidentiel — ils ont une renommée certaine — mais ce qui reste insolite, c'est d'y aller en hiver, en fin d'après-midi, quand il fait déjà nuit depuis quatre heures et qu'on vous sert une soupe de tomate sous des lampes horticoles qui simulent le soleil.
L'effet est étrange. Vous êtes dans une serre tropicale à 22 °C, entouré de plants verts et de bourdons qui pollinisent, alors qu'à 3 mètres derrière la vitre, il fait -8 °C et il vente. Le repas coûte autour de 4 500 ISK pour la soupe à volonté avec pain et beurre. Je conseille d'y aller en semaine, en fin de journée, hors vacances scolaires : la fréquentation chute nettement.
La nage entre deux continents, tôt le matin, à Silfra
Je mets cette activité avec un avertissement. La plongée dans la faille de Silfra, c'est spectaculaire : vous nagez dans une eau à 2 °C, avec une visibilité qui dépasse les 100 mètres, entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne. Techniquement, vous êtes dans deux continents à la fois.
Ce qui rend l'expérience insolite, c'est l'horaire. Les premiers départs se font souvent vers 7 h 30 ou 8 h, et à cette heure-là, sur le site, il n'y a quasi personne. J'y suis allé un matin de février vers 8 h 15. Nous étions cinq dans l'eau. Une heure plus tard, j'ai vu arriver trois camionnettes de groupes.
Attention : il faut une combinaison sèche et une certification de plongée pour faire la plongée complète. Sinon, il reste le snorkeling, mais là vous serez dans un groupe de 6 à 8 personnes minimum. Et honnêtement, la combinaison sèche en hiver, ce n'est pas une partie de plaisir pour tout le monde. Ma première tentative, en 2023, a été annulée à cause du vent, et j'ai perdu l'acompte. Donc à réserver avec une tolérance météo explicite.
Comparatif rapide des activités que j'ai testées
| Activité | Budget par personne | Niveau d'insolite | Effort requis |
|---|---|---|---|
| Pêche sur glace (lac privé) | ~6 500 ISK | Élevé | Moyen — vérifier l'accès |
| Piscine municipale, soir | ~1 200 ISK | Moyen-élevé | Faible |
| Serre de tomates en soirée | ~4 500 ISK | Moyen | Faible |
| Snorkeling Silfra, tôt le matin | ~20 000 ISK | Élevé | Élevé |
| Grottes de glace, petit opérateur | ~25 000 ISK | Moyen | Moyen |
| Blue Lagoon, soirée | ~120 € | Faible | Très faible |
Ce que les conditions hivernales imposent, et que personne ne vous dit franchement
Les activités insolites en Islande en hiver se heurtent à un mur : la météo, et le fait que le pays ne soit pas praticable partout. Sur ce point, il faut être direct.
La route en Islande en hiver : ce que j'ai vécu
La route 1, qui fait le tour du pays, reste praticable l'essentiel de l'hiver. Mais elle ferme régulièrement. En trois semaines de voyage en février, j'ai vu la route fermée deux fois entre Höfn et Egilsstaðir, à cause du vent et de la neige. Les sites officiels de l'administration routière islandaise (road.is, vedur.is) sont mis à jour en continu, et il faut les consulter tous les matins. Pas une fois par voyage. Tous les matins.
Sur l'enneigement : en plaine, côté sud, on parle souvent de 20 à 40 cm en janvier-février. En montagne, ça grimpe vite à 1,50 m, parfois plus. Les routes de l'intérieur (F-roads) sont fermées, ce qui exclut la plupart des excursions en super jeep à moins de passer par un opérateur agréé.
Que faire en Islande en décembre
Décembre, c'est le mois le plus court : environ 4 heures de lumière utile par jour à Reykjavík, un peu moins dans le nord. Beaucoup d'activités insolites qui demandent de la visibilité sont déconseillées. Concrètement, ce qui fonctionne bien en décembre :
- Les piscines municipales en soirée, parce qu'il fait noir de toute façon et que l'eau chaude est encore plus agréable.
- La découverte des cafés et librairies de Reykjavík, où les Islandais passent beaucoup d'heures à lire (le Jólabókaflóð, la « crue des livres » de Noël, est une tradition locale).
- Les concerts de musique live dans les bars de Laugavegur, avec des groupes peu connus qui jouent pour 20 personnes.
- Le snorkeling en combinaison sèche, si et seulement si la météo le permet — sachant que les annulations sont fréquentes.
Ce qui marche moins : les randonnées en haute montagne, la plupart des excursions en super jeep, et tout ce qui demande 6 heures de route.
L'enneigement en Islande, en pratique
Il faut oublier l'idée d'un pays entièrement recouvert de neige. Le sud-ouest côtier (Reykjavík, Reykjanes) est souvent à peine blanc en hiver, avec des températures qui oscillent entre -2 °C et +4 °C. En revanche, dès qu'on s'éloigne des côtes, tout change. Le nord, autour d'Akureyri, et l'est (Egilsstaðir), reçoivent beaucoup plus de neige et restent froids plus longtemps.
Ce décalage a une conséquence concrète : certaines activités insolites dépendent de l'enneigement, d'autres pas. La pêche sur glace, par exemple, ne peut se faire que si le lac a suffisamment gelé — ce qui, ces dernières années, n'est pas garanti partout en janvier. Renseignez-vous auprès des clubs locaux avant de réserver quoi que ce soit.
Trois erreurs que j'ai faites, pour que vous ne les fassiez pas
La première : j'ai réservé un « tour secret » à 18 000 ISK qui prétendait emmener les visiteurs « hors des sentiers battus ». Résultat : un minibus de 14 personnes sur une route goudronnée, arrêt dans une ferme avec boutique de souvenirs. Aucune activité insolite, juste un habillage marketing. Leçon : méfiez-vous du mot « secret » dans un titre d'excursion.
La deuxième : j'ai sous-estimé le vent. Pas la température, le vent. En Islande, c'est le facteur qui décide si une activité est faisable ou non. Un -5 °C sans vent est agréable. Un +2 °C avec rafales à 25 m/s est dangereux, notamment pour ouvrir une portière de voiture (je l'ai vue arrachée, littéralement).
La troisième : j'ai voulu tout faire en cinq jours. Erreur classique. Entre deux activités, il y a de la route, de la météo qui change, des détours. J'ai fini par annuler deux réservations parce que j'étais trop fatigué pour conduire la nuit sur une route verglacée. Un rythme de deux activités insolites par jour, maximum, me semble le bon équilibre.
Le vrai luxe, c'est de ne rien faire de spectaculaire
Si je devais résumer ce que j'ai appris en trois hivers passés en Islande, c'est que l'insolite n'est pas une question de lieu. C'est une question de moment et de disponibilité mentale. La piscine municipale à 21 h 30, c'est insignifiant sur le papier. Vivre ça sous une tempête de neige, seul avec dix habitués, ça devient un souvenir. La pêche sur glace, ça n'a rien de spectaculaire non plus — jusqu'à ce que vous entendiez la glace craquer sous vos pieds et que vous compreniez que vous êtes dans un pays qui n'a jamais vraiment essayé de vous plaire.
Reste une question que je me pose encore : est-ce qu'on va au bout du monde pour trouver quelque chose, ou pour arrêter de chercher ? En Islande en hiver, je penche pour la deuxième réponse. Prévoyez large. Ne planifiez pas trop. Et surtout, laissez une soirée libre pour ne rien faire du tout.