L’Education Nationale est “une machine qui fait plus attention à ce que chacun reste à sa place et ne sorte pas des clous, des rails plutôt que de promouvoir l’innovation”

Emission « Le téléphone sonne »Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf : Comment expliquer le succès des écoles alternatives ?

En lisant le titre de cette émission sur internet, je n’ai pu qu’avoir envie de l’écouter, moi qui fais mon chemin entre Education Nationale et école alternative privée. Voici le rapide compte-rendu des moments de l’émission qui m’ont le plus parlé, avec quelques citations des intervenants.

L’émission commence par l’intervention de Bruno, professeur en lycée professionnel.

La nouvelle place que fait le ministre à l’oral a selon lui pour seul but un but évaluatif. Or au contraire, dans la pédagogie institutionnelle (une pédagogie développée par Fernand Oury suite aux travaux de Freinet), l’oral est là pour donner de l’autonomie, responsabiliser, permettre une vraie parole, libre et réfléchie.

Il va plus loin en affirmant que l’école issue des récentes réformes a pour objectif de « préparer des jeunes au salariat (peut-être que l’école a toujours été prévue pour ça), mais là clairement le lycée professionnel n’a pas du tout envie de former des citoyens mais de préparer des jeunes aux demandes du patronat ».

Il rappelle que Freinet a souhaité que des jeunes réfléchissent car il voyait les jeunes partir à la guerre en sachant qu’ils allaient se faire tuer mais qui partaient car on le leur demandait, sans discuter.

C’est ensuite le tour de Philippe Meirieu d’intervenir. Il commence par souligner toute l’ambivalence et l’ambiguïté de l’Éducation Nationale.

En effet, l’Éducation Nationale semble être actuellement dans une parole officielle où on incite les professeurs à s’engager dans une pédagogie plus active avec une mise en débat authentique des élèves.

Pourtant il remarque aussitôt après que l’éducation nationale est « une gigantesque machine, une machine qui fait plus attention à ce que chacun reste à sa place et ne sorte pas des clous, des rails plutôt que de promouvoir l’innovation qui permettrait à tous ces professeurs de se vivre pas seulement comme des exécutants de circulaires ou d’instructions qui viendraient du dessus, mais de se vivre vraiment comme des cadres, comme des gens qui ont un métier de responsabilités qui doivent donner le désir d’apprendre à tous leurs élèves et leur donner la formation citoyenne dont ils ont besoin. »

« Dans cette machine si vous êtes un enseignant un peu tranquille, globalement personne ne vous demande rien si vous êtes un enseignant qui essaie de mettre en place une pédagogie un peu novatrice alors là parfois on vous demande des dossiers des justificatifs à l’infini, parfois on vous demande même de justifier de 100 % de réussite »

«c’est ce sentiment des innovateurs de ne pas être les bienvenus à l’éducation nationale, d’être soupçonnés de ne pas faire bien leur boulot au quotidien qui fait que parfois ils se découragent et certains créent des écoles alternatives par exemple ».

Thierry (inspecteur à l’éducation nationale) vient ensuite témoigner de son expérience.

Pour lui, l’école paie son histoire ancrée dans l’élitisme. Il souligne un déficit de formation pour aider les enseignants à faire autrement. Et puis il vient remarquer que les pédagogues qui cherchent à donner la parole à l’élève, à le responsabiliser, ne sont pas forcément à la dernière mode (celle des réformes de Monsieur Blanquer). Il affirme ainsi : « on n’est pas vraiment dans l’air du temps sur le sujet » « je milite pour une autorité éducative et non une autorité fondée sur je ne sais quoi d’ailleurs, une autorité fondée uniquement sur le statut ».

Meirieu reprend la parole pour parler du déficit de formation pédagogique des enseignants : « Nous vivons en France depuis quelques années une forme d’amnésie pédagogique. » « Ces grandes figures de la pédagogie on peut devenir professeur sans les avoir rencontrées, sans avoir travaillé sur leurs textes » (ni non plus les précurseurs comme Pestalozzi, Herbart, Makarenko) Les professeurs français ont des connaissances didactiques mais présentent un véritable déficit en pédagogie.

« Ce qui est grave c’est que l’éducation nationale ne fasse pas droit à cette demande »

La journaliste lui pose alors la question : Est-ce qu’on peut imaginer que Freinet, Montessori… rentrent dans formation des enseignants ?

Cela arrive dans quelques académies, notamment grâce à l’ICEM (l’association Freinet) ou OCCE mais ça reste très ténu, sur la base du volontariat, qqs heures ou qqs jours. Rien à voir avec ce qui a été porté par l’éducation populaire il y a plus de 100 ans.

Les parents vont chercher dans les écoles alternatives le développement personnel, l’évolution de la personne, son autonomie, l’éducation artistique, la coopération entre élèves, toutes choses qui n’ont pas leur place à l’école.

Patricia Spinelli, présidente de l’ISSM (institut Maria Montessori de France), répond à la question de la journaliste sur les tarifs élevés des écoles alternatives :

« On aimerait tellement que ce soit ouvert à un plus grand nombre »

« nous sommes condamnés à être des écoles privées hors contrat » car l’Etat n’accepte pas que ces écoles passent sous contrat, ce qui permettrait de réduire très largement leurs coûts.

Philippe Meirieu reprend alors la parole :

L’école publique n’a pas toujours les moyens de faire ce travail de suivi individuel.

“Il y a une chose que l’école publique ne veut pas et je ne le comprends pas parce que tous les chercheurs montrent que c’est une chose formidable c’est des classes multi niveaux, c’est des classes dans lesquelles des grands de cm² travaillent avec des élèves de ce1 leur expliquent des choses, ils en parlent ensemble. Seules les écoles alternatives proposent des classes multi-niveaux. L’EN s’enferme dans cette idée de la classe homogène où les élèves doivent être tous pareils et faire la même chose en même temps.”

« L’éducation nationale ne s’empare pas des études qui sont faites et des résultats qui sont probants. »

Question d’un professeur de français : il veut savoir si ces écoles alternatives sont reçues par le ministère. En effet, il a l’impression que l’EN s’en fiche de ce qui se passe.

Réponse de Patricia : oui des rencontres assez régulières sont organisées, tout le monde est très intéressé mais il ne se passe rien ensuite, strictement rien.

Voilà les éléments principaux que j’ai tirés de cette émission.

Vous en conclurez ce que vous voulez, pour ma part je suis attristée de voir qu’on connaît les problèmes, qu’ils sont identifiés, et qu’on ne fait rien pour les résoudre vraiment. Je suis attristée de voir que les pédagogies alternatives ne peuvent s’épanouir pleinement que dans le privé. Je milite pour une vraie liberté pédagogique, pour la possibilité de créer des écoles alternatives suivant différents modèles, afin que chaque enfant trouve sa place et puisse s’épanouir selon ses besoins et en étant respecté. Je voudrais que, comme cela se fait dans d’autres pays, nos écoles alternatives puissent vivre au sein du réseau des écoles publiques.

 

 

 

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