Que pleure-t-on dans un deuil périnatal ?

Pour mon tout-petit qui me manque si fort, pour tous les parents endeuillés qui n’arrivent pas à mettre de mots sur leur peine, pour l’entourage de ces parents qui ne comprend pas toujours pourquoi ils sont si tristes si longtemps pour un petit être qu’ils n’ont pas vraiment connu, pour moi qui aies du mal à en parler alors je préfère l’écrire… J’ai essayé de mettre des mots sur ma tristesse, de la coucher sur le papier, j’ai essayé de donner forme à l’informe, de modeler ce vide inexprimable.deuil périnatal prénatal tristesse émotions parents endeuillés bébé mort

Pourquoi je pleure…

Je pleure parce que je suis terrifiée que mon bébé ait pu souffrir en mourant, ou avoir eu peur, ou s’être senti abandonné.

Je pleure d’avoir été impuissante à protéger, rassurer, accompagner mon enfant.

Je pleure d’avoir donné la mort au lieu de donner la vie.

Je pleure car mon bébé n’aura jamais pu respirer le parfum des fleurs, goûter les fraises dans le jardin, se rouler dans l’herbe fraîche, entendre le chant du rouge-gorge.

Je pleure car je n’ai jamais entendu le son de sa voix, vu ses yeux ouverts, je n’ai pas consolé ses pleurs, je n’ai pas calmé ses chagrins, je n’ai pas entendu son rire, je n’ai pas bercé son sommeil.

Je pleure car il ne sera pas le troisième enfant que j’accueillerai à la maison.

Je pleure car j’ai arrêté l’allaitement de mon deuxième pendant la grossesse, je n’ai pas pu allaiter ce bébé, et je n’allaiterai peut-être plus jamais.

Je pleure car je ne suis pas sûre d’avoir un autre enfant encore.

Je pleure car il me manque, je me sens seule, vide, j’ai l’impression qu’une partie de moi est morte avec lui.

Je pleure car je n’ai pas assez de souvenirs auxquels me rattacher.

Je pleure car je ne l’ai pas connu.

Je pleure car c’est difficile d’en parler, c’est difficile de trouver l’oreille qui écoutera encore et encore, car je n’ose pas raconter cet accouchement comme les autres.

Je pleure car c’est terriblement injuste qu’un bébé n’ait pas le droit de vivre.

Je pleure car la vie continue, comme si rien n’avait eu lieu.

Je pleure car je porte encore les traces de la grossesse dans mon corps, et pourtant mon bébé n’est plus là.

Je pleure car je regrette de ne pas avoir assez profité de ces quelques mois de grossesse, d’avoir remis les séances d’haptonomie à plus tard, quand j’aurai arrêté de travailler, je pleure car maintenant, c’est trop tard.

Je pleure un avenir qui n’aura pas lieu, un congé maternité toute seule, un retour au travail sans bébé à présenter, une date prévue d’accouchement à passer, un Noël sans cadeau pour mon bébé, je pleure des anniversaires qui seront juste des souvenirs de sa mort et non pas l’addition des années de sa vie.

Je pleure car je suis devenue fragile, j’ai perdu l’insouciance, les émotions négatives me sont devenues plus difficiles à supporter, comme si j’avais dépensé toutes mes ressources.

Je pleure car je n’ose pas dire que j’ai trois enfants, alors que dans mon cœur ils sont là tous les trois.

Je pleure car je ne pleure pas justement, j’essaie de faire bonne figure, pour mes enfants, mon conjoint, mes relations, le monde extérieur. Je n’ai plus envie de montrer mes larmes, et j’ai peur qu’eux tous n’aient plus envie de les voir non plus.

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1 Comment

  • Reply Barbara 24 septembre 2019 at 10 h 58 min

    Bonjour,je n’ai jamais perdu de bébé mais votre texte m’a fais pleurée.Je n’ose imaginer votre douleur,et je ne trouve pas les mots.Douces pensées pour vous et votre petit ange.Barbara

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